Histoire des arts divinatoires en terre d’ Islam

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VOYANTS – ASTROLOGUES – PROPHÈTES – DEVINS
Albumasar – Al Kindi – Abd-al-Hasan Ziryab – Al Farabi – Aladin Ali Alvari
Al Biruni – Ibn Azra (Avenanus) – Al-Tusi – Ibn Abu Ridshal – Al-Zarkali (Arzachel)

Probablement née en Chaldée (basse Mésopotamie, aujourd’hui Irak) l’Astrologie essaima vers la Perse, l’Égypte puis la Grèce d’où elle se répandit peu à peu à travers l’Empire romain pour s’établir durablement à Alexandrie. Le Christianisme, malgré une Église hostile aux sciences divinatoires, l’adopta avec réticence.
Les Arabes ont fortement encouragé l’astronomie et les mathématiques qui permirent à leurs astrologues d’accomplir d’immenses progrès. L’invention de l’astrolabe, des chiffres dits « arabes » importés de l’Inde, l’adoption du zéro et du système décimal, les fit progresser dans l’établissement des cartes du ciel par des moyens algébriques. Grâce à cette technique, ils pouvaient déterminer la position exacte des « maisons » intermédiaires entre chaque angle du ciel, l’astrolabe facilitant la lecture directe des pointes de ces maisons.
Si le Coran proscrit explicitement toutes les formes d’idolâtrie, la croyance musulmane en la prédestination s’est fort bien conciliée avec les doctrines astrologiques antiques notamment la croyance dans un déterminisme planétaire et son influence sur la destinée humaine.
L’Astrologie a donc toujours joui d’une grande popularité en terre d’Islam comme en atteste « Le Livre des Nativités » rédigé au XIe siècle par Albumasar (787-886), l’un des astrologues musulmans les plus réputés.
En réalité, on peut considérer l’astrologie en terre musulmane comme une Astrologie savante.
En effet, aidés par la rapide progression de la langue du prophète de l’Atlantique jusqu’aux confins de la Chine, les astrologues arabes ont opéré une synthèse dynamique en rassemblant les différents savoirs de l’époque.
Puisant dans les diverses cultures rencontrées dans les pays conquis, les astrologues arabes butinèrent de fleur en fleur, faisant leur miel des éléments empruntés aux traditions de l’hermétisme, aux néo-platoniciens, à la gnose, au védanta, s’enrichissant des connaissances ésotériques des initiés égyptiens, chaldéens, judéo-chrétiens, hindous.
Dans le monde islamique médiéval, mathématiques, astronomie et astrologie sont très proches. Basée sur un savoir astronomique transmis des Grecs aux Arabes, l’astrologie étudie le mouvement des planètes afin d’expliquer comment il influe sur le destin des nations et des hommes, affectant leurs activités quotidiennes.
A l’apogée de son rayonnement, Bagdad, verra sous le règne de Haroun al-Rachid (766-809), le célèbre héros des Mille et Une Nuits, Commandeur des croyants, contemporain de Charlemagne, le triomphe des astrologues.
Le Calife sera leur protecteur attitré et leur fera construire un observatoire remarquable, où travaillèrent une pléïade d’hommes de lettres et de sciences, à la fois astronomes, philosophes, alchimistes, médecins, mathématiciens, astrologues, ayant légué à l’Histoire une impressionnante liste de traités divers.
L’histoire de l’astrologie arabe s’étend des années 750 à 1550 environ et a rayonné du Moyen et Proche Orient vers l’Afrique du Nord, l’Inde Occidentale, l’Espagne, la Sicile et, à l’apogée de la conquête sarrasine, jusqu’au Languedoc.
À l’opposé de l’astrologie grecque qui fut surtout « utilitaire » et, à quelques exceptions près, exercée par une majorité d’individus avides et incultes, l’astrologie arabe fut le domaine réservé des plus grands et authentiques savants.
Les grands astrologues arabes se proclamaient héritiers d’une lignée d’initiés remontant à Hermès trismégiste, prétendant avoir opéré une synthèse de la philosophie grecque et de l’expérience spirituelle hébraïque et égyptienne. lls empruntèrent aux prêtres persans et aux initiés chaldéens antiques l’idée d’un temps cyclique indissociable d’une conception astrologique hermétiste. Ils perfectionnèrent les horoscopes mis au point par les Grecs tout en les accompagnant d’une méthodologie rigoureuse.
Contrairement à la religion musulmane, l’astrologie arabe n’est pas fataliste. Ses adeptes ont repris une ancienne tradition égyptienne celle des amulettes astrologiques, pratique nouvelle qui se développa beaucoup en Occident au Moyen-Age.

ALBUMASAR OU ALBUMAZAR
(Abu Ma’ Shar Al Balhi – Ahmad Abu Machar)
(787 – 886)

Albumasar fut l’un des plus célèbres astronomes et astrologues du monde musulman. Ami et disciple d’Al-Kindi, il est né à Balkh (aujourd’hui en Afghanistan). La tradition voudrait qu’il se soit converti au christianisme.
En tant qu’astrologue, il a joui d’une renommée considérable, durant tout le Moyen-Age, renommée dépassant les limites du monde musulman.
Sous son influence, l’astrologie prend le nom de El hakam el noud’joun ou «jugement des étoiles».
Ce fut lui qui popularisa le «système des parts » qui permettait, par exemple, de prévoir « la part de la Fortune» réservée à chaque homme dès sa naissance.
Son De magnis conjunctionibus (Des grandes Conjonctions) relate en effet la plus ancienne description des quatre-vingt-dix-sept parts qui seront reprises et décrites en détail dans le Liber astronomiae de Guido Bonatti au 13e siècle, reflet de la pratique astrologique au Moyen Age.

Albumasar soutenait que le monde a été créé lorsque les sept planètes étaient en conjonction dans le premier degré du Bélier, et prendrait fin quand cette même conjonction se reproduirait dans le dernier degré des Poissons.

Pour l’astrologue de Balkh, le passage de Saturne dans les signes cardinaux, selon un cycle d’environ 300 ans, correspond aux grands tournants politiques et religieux. Sans préciser de date, Albumasar signale Alexandre-le-Grand, Jésus-Christ, Manès ou Mani (manichéisme), Mahomet, ce qui correspond effectivement à des dates espacées en gros de trois siècles et prévoit les Croisades et la reconquête de Jérusalem.
Ainsi, dès le IXe siècle, Albumasar avait calculé que «l’année mil sept cent quatre-vingt-neuf serait féconde en révolutions sociales», à cause de l’une des grandes conjonctions de Saturne.

Dans la seconde partie de son De magnis conjunctionibus, il prédit que lorsque la conjonction des planètes se produira dans la « triplicité de feu », les habitants d’Orient auront puissance et victoires sur les autres habitants de la terre. Nous n’en sommes plus très loin !
De cette triplicité, Sagittaire est le signe le plus influent et le Lion (céleste) moyennement et le Bélier faiblement. Il faut savoir que selon la tradition chaldéenne, les planètes demeurent dans une triplicité (par 12 fois en y faisant leur conjonction) l’espace d’environ 240 ans.

Une des rares anecdotes marquantes de sa vie qui nous soit parvenue et qui fit beaucoup pour sa renommée, fut qu’en 812, âgé de 25 ans, Albumasar prédit que les Alides, partisans d’Ali, le 4e calife, se rendraient maîtres de toutes les villes saintes de l’Islam, ce qui advint en 814, deux ans plus tard.

Principaux ouvrages:

La Grande introduction à la science de l’ astrologie (Kitab al Madkhal al-Kabir’ala’ilm ahkam al nujum)
Le Livre des conjonctions (Kitab al qiranat)
Le Livre des révolutions des années du monde (Kitab Ahkam tahawil sinil-mawalid )
Le Kitabal-Uluf : abrégé d’astrologie persane, indienne et grecque où il évoque la légende des trois Hermès.
Le Livre des nativités
Les Fleurs de l’ Astrologie. Cet ouvrage figure parmi les trois premiers livres imprimés par Gutenberg.

ABD AL-HASAN ZIRYAB ou ZIRIYAB
(ou Ali ibn Nâfi)
(Bagdad 789 – Cordoue v. 857)

Chanteur et musicien irakien du IXe siècle, Ziryab, esclave persan affranchi, appelé le « Merle noir » pour son teint foncé, fut présenté à la cour du Calife Haroun al-Rachid par son maître, Ishak al-Mawsili (767-850).
On dit qu’à l’âge de douze ans, Ziryab savait déjà chanter à merveille et jouer de l’ud*. A 19 ans, il améliora cet instrument d’origine persane, le « barbat », en lui ajoutant une cinquième corde et des barrettes. Ce luth à 5 cordes, à manche court, sans touche, à la caisse en forme d¹amande fut considéré dans tout l’Orient comme le roi des instruments de la musique savante.
* luth : ud signifie bois.

Le monarque séduit par sa voix d’or et ses mélodies originales, le combla de cadeaux somptueux. En quelques années, le prestige du jeune chanteur surpassa celui d’Ibrahim al Mahdi « le rossignol kurde (743-806), le plus célèbre musicien du royaume. Son maître Ishak al-Mawsili en prit ombrage et succombant à la jalousie le menaça de prison ou de mort.

Il choisit l’exil
Ziryab choisit l’exil, quitta Bagdad pour Kairouan (Tunisie) où fêté comme à Bagdad, il s’attira les foudres de l’émir pour un poème frondeur.
Après un bref séjour au Maroc, il s’établit à Cordoue en 822, où le Calife omeyade Abd al-Rahmân II l’accueillit princièrement et le traita avec les plus grands honneurs.
Ali ben Nâfi reçut deux cents pièces d’or par mois, d’abondants dons en nature, des maisons, des jardins et des champs valant une fortune.
Ziryab avait un goût certain pour le luxe. Il introduisit à Cordoue des modes vestimentaires venues de Bagdad et les notables imitèrent son élégance et ses manières distinguées. C’est aussi lui qui fit découvrir le jeu d’échecs et le jeu de polo en Espagne.

Musicien de génie
À son arrivée à Cordoue, il créa une école de musique, premier conservatoire d’Europe ouvert à tous, financé par la cassette du Calife. Inventeur d’un style musical raffiné qui fit le succès de la musique arabo-andalouse, Ziryab, artiste de génie, eut à son actif bien d’autres inventions artistiques majeures.

Chanteur, il mit au point les techniques poétiques et vocales tel le Muwashsha ou Zagal qui donnèrent naissance au flamenco. Compositeur, il créa un millier de poèmes mélodiques qui seront joués et chantés en Andalousie et dans tout le bassin méditerranéen.
Ali ben Nâfi fut également le créateur de la nouba, suite de pièces vocales et instrumentales organisée en neuf mouvements qui, exécutée dans son intégralité, correspondait à un cérémonial de cour (entrée du roi, défilé des dignitaires, etc). Nouba veut dire « attendre son tour » : ainsi chaque musicien attendait son tour pour chanter devant le calife.
Ziryab introduisit dans les chœurs de la nouba des « chanteurs n’ayant pas mué », ces fameux castrats dont la voix angélique charmera les mélomanes jusque à Rome, dans la chapelle pontificale.
Technicien précis, Ziryab codifia le chant, limitant les improvisations. Pédagogue, il fit travailler ses élèves en les initiant à la pratique des vocalises.
Musicien extraordinaire, il va explorer et tenter d’assimiler les musiques du Nord, les romanceros profanes, les musiques religieuses chrétiennes comme le chant grégorien qu’il transposera dans le malouf.

Une mémoire prodigieuse
Grâce à sa prodigieuse mémoire, c’est par lui que des milliers de chansons orientales de lointaine origine gréco-persane entrèrent en Andalousie.
Mais Ziryab se révéla aussi un fin lettré, un poète précieux, qui perfectionna le sawf, délicat poème monorime. Il fut un conteur intarissable.
La musique arabo-andalouse sera fortement inspirée par son œuvre et les techniques qu’il a développées.
C’est encore Ziryab qui introduit à la cour le système des noubas, fondement de la tradition musicale andalouse. Nouba veut dire « attendre son tour ». Chaque musicien, en effet, attendait son tour pour chanter devant le calife. Indissociable de la danse, la nouba est une suite de pièces vocales et instrumentales dont le nombre de mouvement et de pièces, basé sur les modes, s’est enrichi au fil des siècles.

Ziryab jouit d’une grande influence
Grâce à son excellente mémoire, il savait par cœur plus de dix mille chansons et leurs mélodies correspondantes.
Considéré comme le meilleur chanteur de l’Espagne musulmane et l’auteur de réformes ayant profondément marqué l’art musical de l’époque, Ziryab est devenu l’idole des foules.

Arbitre des élégances
Par son charisme et son talent, il devint l’arbitre de l’élégance d’Al-Andaluz, y révolutionna les modes vestimentaires et la cosmétique. Il imposa à la Cour l’art raffiné de la cuisine irakienne, celle des Mille et Une Nuits, et un ordre protocolaire strict pour l’ornement de la table et l’ordonnancement des mets.

C’est au raffinement de Ziryab et à ses préceptes que l’on doit le remplacement des nappes en lin par celles de cuir ouvragé et celui des gobelets d’or ou d’argent par les coupes cristal.
Il apporta également dans une société musulmane réputée austère et fermée, surtout celle des femmes, et plus particulièrement aux recluses des harems et à leurs eunuques, les recettes secrètes de la magie et de la divination chaldéenne.
Si en terre musulmane la divination est réprouvée par la religion, l’astrologie traditionnelle reste l’apanage des devins professionnels attachés aux grands de ce monde (un émir ne prend une grande décision, ne signe un traité ou n’entre en campagne qu’au jour et à l’heure propice prescrite par son astrologue).

Magie pratique et Astrologie populaire
Fort de sa célébrité, Ali ben Nâfi offrit à ses admiratrices une magie pratique et une astrologie populaires moins obscures et moins savantes mais plus intimes que celles de ses confrères, sans renoncer à ses connaissances astronomiques et mathématiques. Ses prédictions chantées, accompagnées de son luth, étaient un régal pour ses auditrices.
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Ziryab, au courant de tous les secrets de la cour, eut une grande influence sur l’Émir Abd al-Rahmân II fut un de ses confidents et conseillers les plus écoutés.
La petite histoire lui attribue de nombreuses bonnes fortunes, tant féminines que masculines.

Sources :
Al-Tifashi, Ibn Khaldoun, Idriss Belajoun
Kitab al-musiqi al Kabir, le Grand Livre de la Musique, d’Al-Farabi.

AL FARABI
(Abu Nasr Muhammad ou Wasidji Farab)
(Wasidj près de Farab au Turkestan en 870 mort à Damas en 950)

Il fut l’un des esprits les plus brillants et les plus cultivés de tous les temps. Initié à Bagdad par des penseurs chrétiens nestoriens, imprégné de philosophie grecque, Al Farabi fut le trait d’union entre la pensée grecque et l’Islam. Il estimait qu’Aristote et Platon, malgré leurs divergences, avaient apporté au monde la vérité universelle (philosophia perennis) seule capable d’éclairer et de résoudre les problèmes philosophiques qui se posaient aux penseurs musulmans. Al Farabi exerça une forte influence sur Avicenne, Avempace et Averroès. Philosophe mystique, il proposa à ses pairs une philosophie du « bonheur » qui tranchait avec le pessimisme inhérent à la religion chrétienne.

Ce fut au cours d’une nuit dans le désert que l’ange Gabriel lui apparut et qu’il eut la vision extraordinaire de tout l’avenir du monde, de l’instauration sur terre de la Cité juste, du Royaume de la joie et du bonheur. Depuis cette expérience mystique, Al Farabi vécut en parfaite harmonie avec le monde, prévoyant en toutes circonstances les événements avant qu’ils ne surviennent.

Conseiller et astrologue de l’émir hamdanide Sayt al-Dawla d’Alep, il fut souvent appelé en consultation par les grands et les puissants de l’époque. Il nous a laissé de nombreux ouvrages.

AL KINDI (ALKINDUS)
(Abû Youssouf Ya’qûb Ibn Ishâq Al-Kindi )
(Koufa 800 – Bagdad 873)

Abû Youssouf naquit vers 800 après J.-C. sous le Califat de Haroun-al-Rachid, à Koufa (Al-Kûfah en Irak), ville qui avait été la première capitale abbasside. Son père ayant été nommé gouverneur de Bassora, la famille s’établit dans cette cité proche du golfe persique. Al-Kindy y effectua ses premières études avant d’aller les poursuivre à Bagdad.
Al-Kindi vécut sous les califats de plusieurs souverains: Abdallah al-Mamoun (813-833), Al-Mutasim (833-847), Al-Mutawakkil (847-861), époque privilégiée durant laquelle la culture musulmane atteignit un développement extraordinaire. Dans tous les domaines de la philosophie, des arts et des sciences, cette époque faste bouillonna d’idées, de dynamisme et se permit toutes les audaces.
Tout en adoptant les principes de la science grecque qu’il fut l’un des plus éminents savants à traduire en arabe, Al-Kindi poursuivit en ces matières une réflexion personnelle et originale: il veut à la fois transmettre le travail des Anciens mais aussi le compléter et l’épurer. Pas question pour lui de faire du sur place, de laisser le savoir se scléroser, se momifier. Il n’oppose pas la science à la philosophie ni la philosophie à la foi.
Pour Al-Kindi, les mathématiques, la physique et les autres sciences naturelles sont des sciences vivantes nécessaires au développement de la philosophie et de la religion au même titre que la logique.

Philosophe et mathématicien
Abû Youssouf sera donc philosophe, mathématicien, physicien, astronome, médecin, géographe, expert en musique etc., acquérant un savoir encyclopédique universel. En plus des sciences traditionnelles, il exerça son intelligences aux domaines les plus variés comme l’astrologie, les rêves, la météorologie, l’optique, la pharmacologie, l’étude des marées, la cryptographie.
Reconnu comme le premier et le plus grand philosophe arabe, sa renommée rayonna dans tout le monde antique. Il vécut à la Cour, honoré par les Califes successifs, qui lui confièrent des charges souvent importantes: précepteur du prince héritier, traducteur diplomatique, astrologue privé, conseiller politique.

Protégé des Califes
Il fut notamment le protégé d’Al-Mamoun (Calife de 813-833) le plus jeune fils d’Haroun Al-Rachid, (qui accéda au Califat après qu’il eut tué son frère). Al-Kindi remplit auprès du souverain, entre autres missions délicates, celle de cryptographe, chargé de coder et de décoder les courriers secrets.
Al-Mamoun fonda en 832 une académie royale appelée La Maison de la Sagesse (Beit Al Hikmat) Il confia à Al-Kindi le soin de choisir les ouvrages dignes d’entrer dans la bibliothèque, de faire traduire les œuvres grecques, latines, persanes ou sanskrites en arabe. Cette bibliothèque devait devenir l’une des plus importantes du monde après celles d’Alexandrie et de Byzance.

Le rêve d’Al-Mamoun
En temps que conseiller privé d’Al-Mamoun, Al-Kindi avait accès auprès de lui de jour comme de nuit. La petite histoire a retenu l’anecdote suivante :
Le Calife ayant reçu la visite du philosophe grec Aristote en rêve raconta dès son réveil son étrange songe à son conseiller. Selon le récit du Calife, Aristote, vénérable vieillard, chauve, les sourcils joints, le teint pâle, vêtu d’une robe blanche, se serait paisiblement assis près de sa couche.
Al-Mamoun interrogea le philosophe grec sur le Bien. Aristote disserta alors longuement sur ce vaste sujet, à la manière d’un de ces théologiens rationalistes musulmans appelés mutazilites, expliquant que la raison (‘aql) doit être placée au-dessus de la révélation et de la foi religieuse (charia), tout en assurant qu’il n’y avait pas de différence intrinsèque entre la raison et la loi religieuse, toutes deux émanant du Dieu unique régissant l’univers.

La révélation au-dessus de la philosophie
Tout en affirmant que les thèses essentielles de la philosophie et de la religion étaient en harmonie, Al-Kindi plaçait néanmoins la révélation au-dessus de la philosophie et les intuitions prophétiques au-dessus de la raison, n’adoptant jamais tout à fait l’idéologie mutaziliste.
En effet, – par prudence ou par conviction – si Al-Kindi opposait la lumière de la philosophie à l’obscurantisme religieux, il refusa les thèses des philosophes grecs, dès lors que leurs idées entraient en conflit avec la révélation du Coran.

La fin de l’âge d’or
La mort d’Al-Mamoun en 833 annonça la fin de l’âge d’or de l’Islam.
Abou Ishak al-Moutasim succéda à son demi-frère à l’âge de 37 ans. Il régna 9 ans (833-842). Fils d’Haroun al-Rachid et d’une esclave turque, il vainquit les Byzantins, protégea les mutazilites et, n’ayant plus une très grande confiance en son armée arabe, s’entoura d’une garde turque dont le chef prit le nom de « Sultan ». Sur son conseil il quitta Bagdad devenue peu sûre et transféra sa résidence à Samara.
Aux yeux de l’histoire, ce fut une erreur car l’influence grandissante des Turcs entraîna la perte d’autorité des souverains abbassides. Tout en se livrant à ses études et travaux personnels, Al-Kindi demeura le conseiller privé du Calife Moutasim et le précepteur de son fils Haroun (qui régna de 843 à 847), dont il devint le collaborateur de confiance à la mort de son père.

La prédiction d’Al-Kindi
En l’an 840, Al-Moutasim, en butte à de nombreuses difficultés et sentant le pouvoir lui échapper, demanda à Al-Kindi de dresser son horoscope et celui de sa descendance. Le compte rendu de cette étude ne nous est parvenu que par le biais d’une tradition orale recueillie 100 ans plus tard par l’historiographe damascène Ali Hassan Boulassam.
Al-Kindi aurait lu dans les astres la prochaine décadence du Califat, de la perte de son unité, du transfert du pouvoir vers Damas puis vers l’Égypte et l’Occident, suivi de la fulgurante ascension de l’Empire Turc qui allait connaître à son tour une inéluctable érosion. Il annonça le début de la renaissance de l’Islam pour l’an 1379 de l’Hégire (2001).

Disgrâce
Sous le règne de Djafar al-Moutawakkil (Calife de 847 à 861), restaurateur brutal de l’orthodoxie sunnite, Al-Kindi fut relégué par le nouveau souverain à un poste subalterne: calligraphe officiel de la Cour. Ses opinions philosophiques et religieuses proches de la théologie spéculative mutazilite qui affirmaient le libre arbitre de l’homme, déplurent au souverain. Il tomba en disgrâce et Al-Mutawakkil confisqua tous ses livres (848). Ils lui furent néanmoins rendus plus tard, peu avant sa mort. Al-Kindi mourut en 873, sous le règne d’Al-Mutamid.

Al-Kindi savant, philosophe et croyant
Touche-à-tout de génie, Al-Kindi étudia passa au crible toutes les connaissances de son époque.
En mathématiques, il contribua largement à l’élaboration du système de numération dit « arabe » développé par Al-Khawarizmi (780-850) emprunté aux Hindous via la Perse. Al-Kindi rédigea quatre livres sur le système numérique, posant les assises de l’arithmétique moderne. En outre, il participa au développement de la géométrie sphérique indispensable aux études astronomiques.
Al-Kindi a écrit quatre livres sur le système des nombres et ses travaux ont permis la création de l’arithmétique moderne.
En chimie, il s’opposa à l’idée de transmutation chère aux alchimistes qui affirmaient que des métaux aussi vils que le plomb ou le fer pouvaient être transformés en métaux précieux grâce à des réactions chimiques secrètes, induites en agissant sur leurs éléments.
En physique, il apporta une riche contribution à l’optique géométrique et rédigea un livre sur ce sujet, ouvrage qui inspira par la suite d’éminents scientifiques tels que Roger Bacon.

Prescription des ordonnances en médecine
En médecine, son incontournable contribution réside dans le fait qu’il fut le premier à déterminer la précision du dosage des médicaments administrés aux malades, prenant ainsi le contrepied de l’anarchie qui régnait jusqu’alors dans la prescription des ordonnances chez les médecins de son temps.
C’est en homme de science qu’Al-Kindi étudia la musique et les sons, à partir d’observations et d’expérimentations personnelles. Il constata que la pleine harmonie naît de la juxtaposition et de la répétition des notes dans un certain ordre et dans un certain registre, que les notes trop hautes ou trop basses contrarient le plaisir de l’écoute. Il mit aussi en évidence qu’en se propageant dans l’air un son génère des vagues sonores qui font vibrer le tympan. Il fut l’un des premiers à établir une notation précise de la hauteur des sons.

Écrivain prolifique
Écrivain prolifique on attribue à Al-Kindi 241 livres, dont la plupart sont aujourd’hui perdus.
Abû Youssouf, en effet, écrivit sur à toutes les sciences connues, y compris l’astrologie, mais il ne croyait pas en l’alchimie qu’il réfuta dans ses écrits. On a retrouvé récemment en Mauritanie un curieux manuscrit attribué sans conteste à Al-Kindi, faisant le bilan de tous les procédés de divination connus à son époque, et dressant la liste des diverses mancies en usage chez les différents peuples de l’antiquité.
Il rédigea également plusieurs monographies concernant les marées, les instruments d’astronomie, les roches, les pierres précieuses et autres.

OEUVRES QUI NOUS SONT PARVENUES :
Risâlat Dâr At-Tanjîm (Lettre de l’Observatoire)
Ikhtiyarât Al-Ayyam (Les Choix des Jours)
Ilâhiyyât Aristou (Théodicée d’Aristote)
Al-Mûsîqâ (La Musique)
Madd wa Jazr (Marée haute et Marée basse)
Adwiyah Murakkabah (Remèdes préparés).

SOURCE :
Ali Hassan Boulassam – Ibn Al-Nadim – Jean-Jacques Norbert

AL-BIRUNI
Abu al-Ryhan al-Biruni
(973-1050)

Al-Biruni est né en 973 à Kath, près de Hawarizm, capitale du Khwarizm ou Kharezm (aujourd’hui Ouzbékistan) et décéda à Ghazni (Afghanistan) en 1050. Cette région d’Asie centrale fut envahie par les Arabes en 712 puis par les Turcs en 999. Ces derniers furent des conquérants moins brutaux, éclairés, protégeant les arts et les sciences.
Selon Mohamed Souissi, « biruni » signifie étymologiquement celui qui habite en dehors du périmètre de la ville (en langage moderne on dirait : « le banlieusard »), d’où le nom Al-Biruni.
Issu d’ une famille d’artisans pauvres – il fait lui-même allusion à la gêne qu’ il connut dans son enfance, et parle de sa mère en la désignant comme « porteuse de bois ».
Ce milieu modeste mais actif lui donna très jeune le goût des choses solides et des activités concrètes, et un vif intérêt pour les sciences.
Son maître, le mathématicien Abu Nasr Mansur al-Djilani favorisa chez lui ce penchant et guida ses premiers pas.
Très sociable, curieux de tout, se liant facilement, le tempérament d’Al-Biruni le portait à rechercher et à cultiver les contacts humains plutôt que de rester confiné dans une école à se nourrir de spéculations intellectuelles.
La situation privilégiée de sa ville natale à un carrefour où se croisaient les caravanes de marchands, de voyageurs et d’hommes de science, lui permit d’apprendre auprès d’eux ce qui se passait ailleurs dans le monde et de nouer des relations fructueuses.

Kériakès, un médecin et botaniste grec
La rencontre de Kériakès, un médecin et botaniste grec ayant de bonnes connaissances des choses de la nature fut décisive. Il herborise dans la campagne alentour en sa compagnie, apprenant à identifier les plantes, à dissocier les vénéneuses des médicinales, les aphrodisiaques des stupéfiantes. C’est de lui qu’il apprit le grec ce qui lui permit de lire dans le texte, les ouvrages de Dioscoride, Galien, Oribase, Paul d’ Égine.
Al-Biruni apprit à parler et à écrire plusieurs langues : le sogdien*, l’arabe, le turc, le persan, le syriaque, l’hébreu et le grec. Plus tard, il apprit le sanscrit et divers dialectes de l’ Inde. Son insatiable curiosité portait sur tous les phénomènes de la nature, les mœurs, les civilisations et l’ensemble des activités humaines.

* Le sogdien est une langue iranienne qui joua entre le IV et le Xe siècle le rôle d’une véritable langue internationale.

Al-Biruni, devenu plus tard l’un des très grands noms de la science, mena jusqu’à l’âge de 22 ans une vie paisible consacrée à ses chères études et à ses travaux. Mais une guerre civile éclata dans la région qui l’obligea à fuir.
En 995, Al-Biruni effectue des mesures astronomiques dans le sud du Khwarizm, sur la rive gauche de l’ Amou Darya, avec des instruments dont l’importance semble prouver qu’ il travaillait pour un observatoire officiel.
Al-Biruni effectue un court séjour dans sa ville natale, en 997. En effet, le 24 mai de cette année, il est de retour à Kath pour y observer l’éclipse de Lune, tandis que son confrère Abul al-Wafa faisait simultanément de même à Bagdad. La différence de temps entre ces deux observations leur permettra de calculer la longitude exacte des deux villes.
Il se rend ensuite (997-999) auprès du sultan samanide Mansour II Nuh, dont il a dit que ce fut son premier bienfaiteur.
Mais des troubles ont lieu dans le pays : le prince de Gurgandj, Mahmoun Muhammad, renverse l’ancienne dynastie et prend le titre de Khwarizm shah.

Al-Biruni quitte alors son pays
Le jeune savant séjourne à Rayy où il étudie les œuvres de Rhazès avant d’écrire sa biographie, puis à Djurdjan (en 998) où il est reçu à la cour de Qabus dont il devient l’astrologue et qui l’honore de son amitié.
Pendant son séjour à Djurdjan, au sud-est de la Caspienne, Al-Biruni s’intéresse à la mesure exacte du degré du méridien terrestre.
Djurdjan était un centre intellectuel animé où cohabitaient de nombreux savants et un nombre encore plus grand de bateleurs et de charlatans.
Zététicien avant la lettre, Al-Biruni écrit un opuscule critique: Avertissement contre l’art de faire illusion que sont les jugements astrologiques et l’ouvrage Livre des soleils guérisseurs des âmes mettant en garde contre la croyance établissant la durée de la vie humaine uniquement sur la conjonction des astres et la situation des planètes à l’instant de la naissance.
Dans son Histoire des Mubayyida et des Qarmates, » il vitupère les « pseudo-prophètes » tandis que dans le Livre des merveilles de la nature et des étrangetés de l’art il disserte sur les incantations, les charmes et les talismans.

Il revient dans sa patrie
Le renversement de Qabus (1012) l’oblige à repartir sur les routes et Al-Biruni revient s’établir dans sa patrie dont le souverain Abul Abbas Mamoun le prend comme conseiller et soutient financièrement ses travaux.
Al-Biruni devait jouer un rôle politique important sous le règne (1010-1017) d’Abul Abbas Mamoun pour lequel il accomplit quelques missions délicates. Collaborant avec le frère du monarque qui l’appréciait pour « sa langue d’or et d’argent », il fut officiellement l’astrologue personnel du souverain.
Nous connaissons un peu ce que fut son activité politique et diplomatique à cette époque, grâce à quelques extraits de son Histoire du Khwarizm qui sont parvenus jusqu’à nous. Son action visait avant tout à maintenir l’indépendance de son pays, menacée par une aristocratie militaire, soucieuse de ses seuls intérêts.
Durant ces années, Al-Biruni écrit alors son traité sur les poids spécifiques de différents métaux et pierres précieuses.
De cette époque date également sa correspondance avec Avicenne sur des questions de physique et de philosophie de la nature (question du vide, de la propagation de la chaleur, de la dilatation des corps, de la réflexion et de la réfraction de la lumière).
Il y critique l’application à la physique des thèses spéculatives issues de la philosophie d’Aristote, mais, selon son habitude, il prend un ton très polémique et Avicenne cesse de répondre à ses courriers.

Prisonnier de Mahmud le Ghaznévide
La guerre ravage à nouveau la contrée et, en 1017, Mahmud le Ghaznévide annexe le Khwarizm après avoir tué Abul Abbas Mamoun et toute sa famille mâle. Al-Biruni est emmené enchaîné à Ghazna (Afghanistan) où il sauve de justesse sa tête, après avoir été dénoncé comme sympathisant qarmate. (Secte ismaélienne fondée par Hamdan Qarmat, paysan irakien, communiste avant la lettre, qui prônait un égalitarisme social. L’insurrection des Qarmates faillit, au Xe siècle, renverser le califat abasside.

Malgré le dur traitement auquel il est soumis et son statut de prisonnier, Al-Biruni est autorisé à poursuivre ses travaux grâce à la protection d’un vizir lettré, qui apprécie son intelligence et sa culture.
Si sa situation reste difficile Al-Biruni se voit souvent appelé à la cour où Mahmud a recours à ses conseils éclairés et le consulte en tant qu’astrologue.

Astrologue officiel
Sans lui rendre sa liberté, Mahmud finit par le considérer comme son astrologue officiel et l’emmène dans ses expéditions au cours desquelles le savant peut enrichir ses connaissances. Il effectue ainsi plusieurs voyages en Inde dont il tirera une intéressante étude de la civilisation indienne sous tous ses aspects : coutumes, langues, sciences et géographie.
Il y enseigne la science grecque, traduit des ouvrages indiens en arabe et dirige ou réalise lui-même des traductions en sanscrit des Éléments d’ Euclide, de L’Almageste de Ptolémée, et d’ un de ses propres livres sur l’ astrolabe.
De la même époque date son ouvrage : Livre de la fixation des limites des lieux, manuel de géographie qui présente aussi un grand intérêt paléontologique et géologique, et qui contient un projet de construction d’un canal entre la Méditerranée et la mer Rouge.
Il écrit aussi pour le souverain un curieux ouvrage : Le Livre pour faire comprendre les principes de l’astrologie dans lequel tout en exposant les bases de cette discipline il en décrit les limites.

A la mort de Mahmud
Lorsque Mahmud meurt en 1030, son fils Massoud prend sa succession. Al-Biruni est alors toujours officiellement prisonnier mais la surveillance dont il est l’objet se relâche et il peut désormais se déplacer plus librement.
Il dédie au prince son monumental ouvrage d’astronomie: Al-Qanun al-Massudi (Le Canon…), terminé en 1066. Dans son manuel, Al-Biruni suit l’incontournable Ptolémée, mais s’en écarte sur plusieurs points : il affirme, par exemple, que l’apogée du Soleil n’est pas immobile.
S’il admet le géocentrisme, il montre cependant que « les faits astronomiques peuvent tout aussi bien s’expliquer à partir de l’hypothèse que la Terre tourne autour du Soleil ». On lui doit du reste un traité sur le Repos de la Terre et son mouvement.
Vers la fin de sa vie, Al-Biruni composa un petit ouvrage en partie autobiographique qui fait le bilan de ses propres úuvres. Il y parle de ses espoirs de jeunesse, de ses controverses, de ses difficultés, de ses prisons, de ses enthousiasmes, de ses maladies.
La lecture de cet ouvrage peu connu nous permet d’entrevoir la volonté et la ténacité qu’il a déployées et qui l’ont soutenu à travers les aléas de son existence.
Avant de s’éteindre, il consacre un ouvrage à la minéralogie: Recueil des pierres précieuses et écrit le Livre des drogues médicinales.
Al-Biruni meurt à Ghazna en 1050, connu et admiré par les plus grands savants de son époque.

Une oeuvre considérable
Parmi la somme considérable d’écrits qui lui sont attribués (on parle de quelques 13 000 pages de texte), un grand nombre traitent de l’astronomie et de l’astrologie. Mais l’intérêt d’Al-Biruni ne se limita pas à ces domaines. Il a également écrit des traités de mathématique, des études portant sur l’astrolabe, l’optique, la géographie, la minéralogie, la médecine, la mécanique, la chronologie, l’histoire et la philosophie.
Selon quelques auteurs, les premiers lecteurs occidentaux des ouvrages d’Al-Biruni parvenus en Europe chrétienne trouvent ses écrits confus, ardus, voire ésotériques. Les savants se seraient alors moqués de leur contenu et, par dérision, Al-Biruni fut affublé du sobriquet de Maître Aliboron, que l’on retrouve dans les fables de La Fontaine, pour signifier une personne ignare et, par là, un âne :

LES VOLEURS ET L’ÂNE (fable XIII)
Pour un âne enlevé, deux voleurs se battaient :
L’un voulait le garder; l’autre voulait le vendre.
Tandis que coups de poing trottaient,
Et que nos champions songeaient à se défendre,
Arrive un troisième larron
qui saisit maître Aliboron.
(…)

Oeuvres :
Avertissement contre l’art de faire illusion que sont les jugements astrologiques
Livre des soleils guérisseurs des âmes
Histoire des Mubayyida et des Qarmates
Livre des merveilles de la nature et des étrangetés de l’art
Histoire du Khwarizm
Livre de la fixation des limites des lieux
Le Livre pour faire comprendre les principes de l’astrologie
Le Canon… » Al-Qanun al-Massudi »
Recueil des pierres précieuses
Livre des drogues médicinales

Sources :
A. M. Belenitski – R. Wright – Mohamed Souissi – Bert Frölicher
http://www.ifrance.com/Farabi/biruni.html

ALADIN ALI ANVARI
(Khorasan 1126 – Balkh 1190)

Anvari, célèbre poète et astronome persan a fait ses études à la madrasa de Tun (aujourd’hui Firdaus). Il vécut quelques années à la cour du sultan Sandjar, dont il fut le conseiller et l’astrologue.
Le Divan d’Anvari demeure l’un des plus célèbres recueils poétiques de toute la littérature persane. Il regroupe plus de 13 000 élégies, odes et quatrains.
Passionné d’astrologie, il prédit pour octobre 1186, année où 7 planètes seraient en conjonction dans la Balance, un grand ouragan arrachant les forêts et ébranlant les montagnes, provoquant calamités et désastres dans le monde.
La plupart de ses confrères partageaient sa manière de voir, car si cet exceptionnel rassemblement planétaire se révélait exact, la tradition voulait qu’il soit suivi d’un tel cataclysme.

Rien ne se passa comme prévu
Mais, au jour, dit les éléments ne se déchaînèrent pas comme prévu et l’effet physique qu’Anvari en attendait ne se produisit pas. L’ouragan prédit n’arrivant pas, Anvari fut la risée de ses contemporains et dut quitter Merv pour Nishapur puis Balkh en Bactriane (aujourd’hui Afghanistan) où il finit ses jours.

Pourtant, avec le recul du temps, – et comme le remarque Néroman dans sa Grande encyclopédie des Sciences occultes – on doit reconnaître que s’il n’y eut pas de tempête au jour prédit, ce fut un cyclone d’une toute autre nature mais tout aussi dévasteur qui survint. En effet, 1186 fut l’année même où le conquérant Gengis Khan prit son envol et se jeta à la conquête de la Mongolie, de la Chine, de la Perse, avant d’envahir tout le continent, ravageant tout sur son passage.

Nouvelles catastrophes
La même terrifiante prédiction de catastrophe universelle devant se produire en l’an 1236, (année où toutes les planètes seront réunies dans le signe du Bélier), circula dans le monde chrétien suite aux prédictions de Jean de Tolède. Les populations se terrent, les églises se remplissent.
Curieusement, ce fut en l’an 1236, que Batou, petit-fils de Gengis khan reçut de son oncle le commandement d’une armée de 150 000 cavaliers pour conquérir la Russie. Batou ravagea la Russie, brûla Vladimir et Moscou, conquit Kiev et approcha de Vienne.
Une même panique se reproduisit en 1524.

AL TUSI
(Nasir al-Din ou Aladin Al-Tusi)
(Muhammad ibn Muhammad ibn al-Hasan Al-Tusi)
(Né à Tus Khorasan (Iran) 1201 – mort en 1274 près de Bagdad en Irak)

Fils d’un père juriste chiite et d’un oncle passionné de mathématiques et de sciences physiques. Souhaitant devenir un homme de savoir, Al-Tusi fit de bonnes études traditionnelles dans une école religieuse tout en étudiant en parallèle les mathématiques, sous la houlette de son oncle.
Al-Tusi avait 13 ans lorsque, en 1214, Genghis Khan entreprit la conquête de l’Asie centrale à la tête de sa puissante et cruelle horde de Mongols.
S’ouvrit alors une période de troubles, peu favorable aux savants et à leurs études qui exigeaient la paix et la tranquillité ainsi que l’appui financier des grands.
Mais pour résister à cette invasion, les successeurs du prophète, assaillis de toutes parts, avaient besoin de leur argent pour leurs armées et délaissaient le mécenat des sciences et des arts.

A 15 ans, Al-Tusi quitta Tus pour poursuivre ses études à Nishapur, ville qui abritait d’excellentes écoles. Le jeune homme y étudia la philosophie, la médecine et les mathématiques enseignées par Kamal al-Din ibn Yunus, élève de son oncle. Sa précocité et son intelligence exceptionnelle ne tardèrent pas à franchir les murs de son école et sa renommée se répandit à travers la ville.
Étudiant zélé, chercheur de terrain, il délaissait la science livresque pour étudier la nature sur le terrain et le ciel en observant les étoiles.

Habile de ses mains autant que de son cerveau, il confectionna lui-même les instruments nécessaires à ses recherches. Consulté par les notables de la cité, il dressait volontiers leurs horoscopes et l’on venait le consulter de très loin à la ronde.

Alamut
L’invasion mongole atteignit la région de Tus vers 1220, ravageant tout sur son passage. Mais, il existait dans les montagnes de l’Elbruz un véritable havre de paix, une forteresse que l’on disait inxpugnable, Alamut (Alamont), repaire où avait régné jadis le sanguinaire Hasan Ibn Al-Sabbah, le Seigneur de la Montagne, chef redouté des Assassins, secte d’extrémistes Ismaéliens.
Là-haut, les Croyants pratiquaient entre eux, à l’écart du monde, une forme intellectuelle épurée et quasi mystique d’un Chi’isme extrême.
Quand Nasir ad-Din ‘Abd ar-Rahim, le chef ismaélien, proposa à Al-Tusi de devenir son astrologue et l’invita à Alamut, il accepta et devint un personnage considérable de la communauté.
Il avait été convenu que le jeune savant serait libre de son temps et de ses mouvements, sachant que les adeptes de la secte des Assassins restaient soumis à une discipline de fer.
A Alamut, au début de sa villégiature, Al-Tusi fut traité avec les plus grands égards. Il eut le loisir d’étudier, de poursuivre ses travaux et d’écrire dans des conditions extrêmement favorables. Il eut à son service de nombreux esclaves et Nasir ad-Din lui fournit à foison adolescents complaisants et jolies concubines.

Ce fut durant cette période qu’Al-Tusi composa un ouvrage encyclopédique sur la logique, la philosophie, les mathématiques et l’astronomie qu’il dédia à Nasir ad-Din ‘Abd ar-Rahim.
Mais tout se gâta lorsque, au bout de quelques années, étudiant une nouvelle fois l’horoscope de son protecteur, Al-Tusi lui apprit la chute prochaine d’Alamut et sa destruction, suivies de sa mort.
Nasir ad-Din prit ombrage de cette prédiction et priva son protégé de sa liberté, du jour au lendemain.

Délivré par les Mongols
Dès lors, se sentant prisonnier, Al-Tusi souhaita rejoindre sa famille en ville, mais il en fut empêché et, après deux tentatives d’évasion qui échouèrent, il fut enfermé dans la citadelle.
En 1256, Al-Tusi se trouvait donc prisonnier lorsque les forces mongoles conduites par Hulegu, un des fils de Genghis Khan, s’attaquèrent à la forteresse.
On prétendit qu’Al-Tusi trahit ses hôtes et favorisa la victoire des Mongols, ce qui peut se comprendre de la part d’un prisonnier.
Toujours est-il, qu’une fois Alamut conquise puis détruite, les « Assassins » tués ou dispersés comme il l’avait prédit, Hulegu traita Al-Tusi comme un ami, avec de grands honneurs.
Il le garda auprès de lui comme astrologue et conseiller scientifique, lui confiant également la gestion de l’épineux dossier des affaires religieuses.

Al-Tusi se trouvait encore auprès de son nouveau protecteur lorsque, en 1258, les forces mongoles conquirent la glorieuse et orgueilleuse cité de Bagdad. Al Musta’sim, le dernier calife abbasside était un être mou au caractère faible incapable de résister aux forces de Hulegu.
Il mourut égorgé, sans gloire, en compagnie de 300 soldats de sa garde, tandis que les vainqueurs pillèrent et brûlèrent la ville tuant beaucoup de ses habitants.

L’allégeance d’Al-Tusi au chef mongol lui valut de grandes faveurs et les plus grands honneurs.
Satisfait de sa conquête de Bagdad et enchanté d’avoir un éminent savant comme Al-Tusi à ses côtés, Hulegu accepta avec enthousiasme la proposition de son ami de construire un Observatoire.
Le conquérant avait fait sa capitale de Maragheh (appelée aussi Mararha ou Maragha en Azerbaïdjan) et ce fut là que débuta, en 1259, la construction de l’Observatoire devenu opérationnel en 1262.
Cet édifice monumental devint un outil de travail extraordinaire que souhaitèrent visiter tous les astronomes de l’Empire Mongol. Des savants de toute origine, Persans, Chinois, Hindous, Turcs, vinrent y effectuer des stages.
Des instruments variés comme des quadrants de cuivre, des astrolabes, des lunettes de visée, tous objets construits ou inventés par Al-Tusi, se trouvaient à la disposition des chercheurs.

L’Observatoire de Maragheh possédait également une riche bibliothèque philosophique et scientifique, où les savants de l’époque pouvaient effectuer librement, sans être inquiétés, des travaux dans les domaines les plus divers, alors que partout ailleurs dans l’Empire Mongol, les travaux scientifiques, les mathématiques et la philosophie étaient suspects ou interdits et leurs adeptes pourchassés et emprisonnés.
Les recherches d’Al-Tusi touchèrent à des sujets variés. En astronomie, il établit des tables des mouvements de planètes très précises pour servir à l’astrologie.
Après 12 ans d’observations il publia les Zij-i ilkhani (Tables Ilkhaniques), ouvrage contenant des tables aidant au calcul des positions des planètes, et un catalogue d’étoiles.

Dans son traité d’astronomie, Al-Tadhkira filim al-haya (Mémoire sur l’astronomie), il exposa et infirma le système planétaire de Ptolémée, concevant un nouveau modèle du mouvement lunaire, essentiellement différent de celui de Ptolémée. (Résolution du mouvement lunaire par la somme de deux mouvements circulaires). Il y fit usage d’un théorème conçu par lui-même utilisé 250 années plus tard par Copernic dans son De Revolutionibus.

Une des plus importantes contributions d’Al-Tusi en mathématiques fut la reconnaissance de la trigonométrie comme discipline à part entière et non plus seulement en tant que simple outil dans les applications astronomiques.

Al-Tusi eut un grand nombre d’élèves, parmi lesquels Nizam al-Raj astrologue et astronome de renom, et Qotb eddine al-Chirazi, qui donna la première explication scientifique de l’arc en ciel.

Le manuscrit retrouvé
Au début des années 70 du vingtième siècle, un manuscrit très ancien fut retrouvé au Yémen avec plusieurs autres. L’examen de ces précieux vestiges révéla que c’étaient des reliques ramenées de Perse par les rescapés du désastre d’Alamut. Remis à l’Aga Khan, cet ouvrage révéla aux savants ismaéliens à qui il fut confié, que c’était une sorte de journalier écrit de la main même d’Al-Tusi entre 1250 et 1251. Cet écrit relate entre autres les dates marquantes de l’avenir du monde telles que l’éminent astrologue les aurait lues dans le mouvement des astres.

SOURCES:
Rejeb Al-Whatabi, Isaac Bronstein, Yaël Nazé, Dr Ali ben Malek,
Le Livre des Ruses

 

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