Patrick LEIGH FERMOR – Entre fleuve et forêt

Patrick LEIGH FERMOR – Entre Fleuve Et Forêt

Le Temps des offrandes avait laissé Patrick LEIGH FERMOR sur un pont entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie. La suite nous entraîne au cœur de la Transylvanie. Le 1er avril 1934, «quarante sept jours après mon dix neuvième anniversaire et j’étais parti depuis cent onze jours.»

 

La Hongrie. Budapest, escarpée et enchanteresse, dont les noms ne sont associés que depuis 1840 ; la Grande plaine hongroise, parcourue à cheval, une région au passé extraordinaire, des routes suivies par Barberousse et ses Croisés, par Sigismond et Bajazet ; un endroit jadis peuplé par les Cumans, qui semblent s’être évanouis sans laisser d’autres traces que des noms de lieux imprononçables. La Roumanie, la «sixième frontière du voyage.» Dans les bureaux de la douane trônent les photos du roi Carol et du prince Michel. Le paysage est «un puzzle géométrique de labours couleur chocolat zébré d’orge, de blé, d’avoine et de maïs, avec un peu de tabac et l’éclat soudain, jaune-vert, de la moutarde sauvage.» La Transylvanie est une région qui n’eut pas un destin heureux. Mais l’étranger est reçu avec tous les égards par cette société alors confinée. Là aussi, l’Histoire remonte. «Les vallées et forêts du Danube avaient servis de théâtre aux batailles capitales opposant la Chrétienté et l’Islam.» La Bulgarie, enfin, qui «faisait encore figure de terra incognita.»

 

Très belles remarques sur le voyage, la marche, l’ivresse du marcheur sur ce parcours «au goût d’éternité. Je me sentais profondément impliqué dans ces solitudes vertigineuses, de moins en moins enclin à redescendre.» Mais le voyageur aura raison de revenir dans la plaine. Lui qui pensait ne fréquenter que des rencontres de hasards et ses «collègues clochards», qui avait prévu «de mener la vie d’un vagabond, d’un pèlerin ou d’un goliard, de dormir dans les fossés» sent un beau jour poindre un «soupçon de culpabilité» tant les bonnes adresses et occasions se présentent : châteaux confortables, repas au Tokay «dans des gobelets de cristal taillé.»

 

Récit très intéressant, riche de rencontres – les bergers, les paysans, les bûcherons, les colporteurs, mais aussi quelques «archiducs»- ; riche de coutumes, de gestes d’une époque déjà bien ancienne pour un lecteur en 2004 ; riche de toute une partie consacrée à l’Histoire, à ses nombreux aléas, ses migrations, ses peuples. Un très grand voyage, un grand écrivain, un classique. A lire, surtout si vous traînez dans ces régions.
Les premières lignes : «Peut-être m’étais-je trop longtemps arrêté sur le pont. Les ombres s’assemblaient sur les rives slovaque et hongroise, tandis que le Danube au cours rapide et pâle lavait les quais de la vielle ville d’Esztergom, avec sa colline raide qui dressait la basilique dans la brume.» Éditions Payot 1992, repris en Petite bibliothèque voyageurs en 2003.

 

ecrivains-voyageurs.net

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