Patrick LEIGH FERMOR – Le temps des offrandes

Patrick LEIGH FERMOR – Le Temps Des Offrandes

« – So ! Vous traversez l’Europe comme Childe Harold ? – Oui, oui, c’est tout à faut cela ! Comme Childe Harold !»

Un jour de décembre 1933, un jeune homme de dix-huit ans décide de partir à pied avec l’idée de traverser l’Europe, de la Corne de Hollande jusqu’au Bosphore. Ce départ en plein hiver débute par des «paysages silencieux, avec ses patineurs bruegheliens qui décrivaient leurs cercles sur les canaux et les polders.» Des paysages étrangers, cependant indirectement familiers au regard anglais qui a déjà longuement traîné dans les musées. «Quand il n’y avait aucune construction humaine en vue, je me sentais revenu à l’âge sombre du Moyen Age. Mais, dès que pointait une ferme ou un village, j’entrais dans le monde de Pierre Brueghel.»

 

Le premier grand choc pour l’auteur qui est né «dans la deuxième année de la Première Guerre mondiale» : l’Allemagne, un pays qui a «une vielle tradition de bienveillance à l’égard des jeunes vagabonds», mais dont les emblèmes en cette année 1933 sont «le drapeau écarlate avec son disque blanc et sa croix gammée.» Un pays qu’il traverse en chantant ou en récitant des vers. Le temps, ce «monde emmitouflé de blanc (…) se prêtent aux songeries.» Puis Ulm et le Danube : une «rencontre impressionnante.» Tout comme le Schloss, grosse bâtisse, château fort ou palais baroque. Puis Linz, puis la Wachau. L’Autriche, qui vit des heures difficiles. Vienne, toujours sous la neige, qui a «la splendeur d’une capitale et l’intimité familière d’un village.» Le passage dans cette ville est l’occasion d’une digression sur l’art équestre, et sur l’Histoire : «que serait-il arrivé si les Turcs avaient capturé Vienne puis continué vers l’Ouest?» Seulement le début de la consommation du café en occident? Puis l’entrée dans le monde slave, Pressburg, rebaptisée Bratislava, et les bohémiens. «Des femmes portant des enfants couleur chocolat mendiaient entre les carrioles tandis qu’un ours brun des Carpates, dirigé par un maître de danse aussi noir que le péché, marchait d’un pas lourd, les pattes tournées en dedans, sur les pavés.» Prague, enfin, «l’un des plus beau lieux du monde, l’un des plus étranges.»

 

Ce récit d’un jeune homme cultivé, d’un «affable clochard en souliers ferrés avec un sac à dos», est plein de rencontres, de portraits d’époque, des scènes de la vie quotidienne : bref, tout ce qu’un voyageur rencontre sur son chemin. On trouvera par exemple une tentative d’expliquer le comportement violent des Allemands par la bière et une alimentation abondante et incessante. D’une manière générale, c’est un instantané de l’Europe Centrale. Le recueil contient aussi de nombreuses digressions sur l’art, la penture. «Voyages et peinture ont beaucoup en commun.» On comprendra à la lecture de quelques remarques comme «C’est d’ailleurs ici que se brouillent les souvenirs» ou «je reparcours la ville en esprit et la redécouvre par bribes», que le récit a été écrit après le retour. Enfin, selon Nicolas Bouvier, ce journal de marche «est à ranger au rayon des chefs-d’œuvre de l’humanisme nomade.»
Les premières lignes : «Un bel après-midi pour partir ! fit l’un des amis qui m’accompagnait, en regardant la pluie et remontant la vitre. Les deux autres étaient du même avis. A l’abri sous l’arcade de Shepherd Market qui donne dans Curzon Sreet, nous avions fini par trouver un taxi. Dans Half Moon Street, tous les cols étaient relevés.» Éditions Payot 1991, puis Payot et Rivages 2003 pour l’édition de poche, collection Petite bibliothèque Payot / Voyageurs.

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