Pour l’inconscient, le leadership est encore un attribut masculin

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Alors que 1500 femmes du monde entier sont réunies aujourd’hui au Women’s Forum à Deauville pour savourer une parité en marche, une étude lève le voile sur les stéréotypes têtus qu’il leur reste à combattre.

 

La recherche scientifique a délivré son verdict : des hommes inconnus sont inconsciemment perçus comme des leaders et de célèbres femmes de pouvoir comme des subalternes. En clair notre inconscient rangerait les femmes du côté des subordonnées, les hommes du côté des chefs. L’étude menée auprès de 800 managers en Europe, Etats-Unis et Asie, par Diverseo, cabinet spécialisé dans l’identification et la réduction des biais cognitifs dans la prise de décision, en partenariat avec le Women’s Forum, épingle les perceptions conscientes et inconscientes du leadership.

Elle révèle que 69% des personnes (homme et femme) se déclarent convaincues que les hommes et les femmes sont tout autant capables d’être de bons leaders, tandis qu’au niveau inconscient, c’est une autre histoire : les mêmes personnes soumises à un test d’associations implicites par le biais d’images, et non plus sous formes de questions, reconnaissent plus facilement comme leaders des hommes inconnus que les femmes les plus puissantes du monde! Les « biais implicites » s’expriment à l’insu de tous et peuvent ainsi prendre le pas sur la pensée réfléchie dans des décisions ou des prises de positions. Ce qui selon ce cabinet pourrait expliquer en partie qu’un homme moins compétent qu’une femme se retrouve nommé à un poste de pouvoir…

Pire : les femmes sont elles aussi victimes de leur biais décisionnels car elles associent automatiquement le leadership à la figure masculine. Au niveau explicite ou conscient, elles sont 68% (69% pour les hommes) à considérer que les hommes et- les femmes sont d’aussi bons leaders. Inconsciemment, elles sont en revanche 49% à reconnaître dans des hommes inconnus des figures de leaders (64% pour les hommes). Preuve qu’il ne suffit pas de décréter la parité pour qu’elle se réalise.

Faire bouger les lignes

« Alors même que la volonté est là et que des politiques sont mises en place, que des programmes sont appliqués, les chiffres stagnent. Pour faire changer les habitudes, c’est donc au niveau automatique et intuitif qu’il faut désormais agir », en conclut Nathalie Malige, Présidente et fondatrice de Diverseo. A la nuance près que les hommes ayant une femme pour chef ont des biais inconscients plus faibles note l’étude. C’est donc bien le fait d’être exposé à de nouvelles réalités qui permettra à terme de faire bouger les lignes. Lignes qui sont malheureusement encore très rigides dans certaines parties du monde.

Comme en temoigne Shirin Ebadi, Juriste et Prix Nobel de la Paix, qui rappelé en ouverture du Women’s Forum qu’ en Iran 36 universités ont interdit aux femmes d’étudier 77 matières, et où l’âge légal du mariage est 13 ans pour les filles. Selon elle, là-bas comme ici dans une moindre mesure, il faut encore et toujours s’attaquer aux représentations culturelles. Eduquer filles et garçons, c’est aussi cela la voie de la parité.

 

Par Sophie Péters pour latribune.fr

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